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Langue

le problème du souci  -  par JulienConstant

Le texteur de l'ordinateur et l'internet ont permis à tout un chacun de devenir chroniqueur, et éditeur.  La présentation plus ou moins professionnelle de nos écrits en ligne suggère malgré elle un certain amateurisme, et mon site n'est, c'est certain, pas exempt d'erreurs (orthographe, typographie, mise en page). Cela admis, la presse professionnelle souffre elle aussi,  plus ou moins, de ces défauts.  Après la télévision et la radio qui ont répandu les bons mots et les erreurs de quelques dizaines de milliers d'orateurs, c'est la Toile qui accélère le phénomène naturel de l'évolution d'un langue vivante (erreurs, trouvailles et apports). Quand on sait que la lecture, et donc la culture, sont concurrencées depuis plusieurs décennies, par la télévision, puis par l'internet et le téléphone portable, l'inquiétude ne confine pas à la paranoïa...

Or les mots et tournures qui surnagent, qui s'incrustent, sont d'abord les plus diffusés, et donc dépendent en partie de la notoriété de l'émetteur. Par exemple, Jacques Chirac a involontairement tué "abracadabrant", car son "abracadabrantesque" a été repris avec délectation par tant de médias, qu'il l'a remplacé ; de même que "à son insu" a été tué par un cycliste "à l'insu de son plein gré". Et ainsi en va-t-il de "... m'a tuer"(d'après un meurtre célèbre),  formule qui effectivement a tué le passé composé. Le rabâchage, en effet, qu'il soit scolaire ou médiatique est un procédé mnémotechnique éprouvé ; ajoutez l'écho démultiplié des reprises et autres citations, et en peu de temps, l'expression se verrouille dans la langue.

Bruno Dewaele posait ainsi en 2013, le problème qui me cause du souci dans ce billet.

http://alafortunedumot.blogs.lavoixdunord.fr/tag/poser+souci

À la fortune du mot

Au gré de l'actualité, Bruno Dewaele, le champion du monde d'orthographe, vous fait partager sa passion pour la langue française.

"Et puis, user de poser ici nous incitera peut-être à nous en garder là où il ne... s'impose en rien, par exemple devant l'omniprésent souci : que la conjoncture économique pose quelquefois problème à nos gouvernants, voilà qui peut à la rigueur se concevoir, mais « poser souci » ? "

Et en 2008 :

Pose toujours !

Si le tic de langage doit être dénoncé, n'allons pas nous mentir sur nos chances d'en venir à bout ! Ainsi, c'est sans illusion aucune que, le 30 décembre 2003, je consacrai une chronique à l'expression phare de la dernière décennie : « Il n'y a pas de souci ! »

« C'est en effet , écrivais-je alors, ce que vous répond invariablement la caissière – pardon, l'hôtesse de caisse – quand vous vous excusez auprès d'elle de ne pouvoir faire l'appoint ; le garçon à qui vous demandez s'il est possible de mélanger carte et menu ; le livreur qui s'entend préciser qu'il devra passer chez vous entre dix et onze s'il ne veut pas trouver porte close. »

Philosophe à mes heures, je me souviens même qu'après avoir versé une larme de crocodile (!) sur le bon vieux mais ringard « Pas de problème ! », j'avais feint de m'extasier sur cette époque bénie des dieux où, non content de vaincre les difficultés, on s'ingéniait à chasser de notre esprit l'idée, ô combien saugrenue, qu'il pût y en avoir...

L'ironie, c'est bien connu, est le baroud d'honneur de l'impuissance.

Depuis lors, inutile de préciser que le souci continue à fleurir sur toutes les lèvres. Irai-je jusqu'à confesser ici que je m'en étais presque accommodé, pourvu qu'on ne le gratifiât pas de surcroît d'un « s » des plus superfétatoires au singulier ? 

Mais voilà que nous sommes entrés dans l'ère des dommages collatéraux : s'impatronise de plus en plus (tendez l'oreille, pour le cas bien improbable où cela vous aurait échappé jusqu'ici) le tour « poser souci ». Il fallait s'y attendre, dans la mesure où, comme dirait Domenech, souci a remplacé problème poste pour poste !

À ceci près que l'on a beau se torturer les méninges, on ne voit pas comment un souci pourrait être posé (Bécaud conseillait bien, dans Un peu d'amour et d'amitié, de mettre ses problèmes sur la table mais c'était, si je ne m'abuse, pour s'en débarrasser). Donnercauservaloircréer, sans doute ; mais poser ?

On s'en voudrait de retourner le couteau dans la plaie, mais ce sont les puristes qui peuvent, à bon droit, se réjouir de cette désaffection pour le problème. Eux ne l'ont jamais manié que du bout des doigts, et avec d'ostensibles pincettes. Nous ont-ils assez répété que l'expression soignée devait bien plutôt, en fonction de la situation et du contexte, recourir à questiondifficultéembarras ! Et que dire de l'expression elliptique poser problème(1), qui déclenchait chez eux moult cris d'orfraie(2) !

Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui Scylla leur siée mieux que Charybde...


(1) Renaud Camus écrit par exemple, dans son Répertoire des délicatesses du français contemporain (P.O.L.) : « "L'intellectuel poser problème" n'est pas un artiste, il n'a pas d'oreille pour le langage, ni sans doute beaucoup d'amour ; sans quoi il se rendrait bien compte de la laideur de cette expression, de la banalité qu'elle a acquise, et du ridicule qui s'attache à elle, ainsi qu'à ses fidèles par contrecoup (...). L'"intellectuel poser problème" est volontiers enseignant, sociologue, urbaniste, militant des droits de l'homme et plutôt sympathique, dans l'ensemble. Il se soucie beaucoup du sort du monde. Par définition il se soucie moins de sa beauté. »

(2) De grâce, ne me donnez pas de noms d'oiseaux sous prétexte que l'orfraie n'a jamais poussé de cris perçants, je suis au courant. Mais tant que les dictionnaires n'auront pas remplacé orfraie par effraie... " 


Il aurait pu aussi ajouter le fréquent et stupide "Ça ne pose pas de difficulté !" validé, j'en suis stupéfait par l'Académie française !


https://www.ladepeche.fr/article/2019/01/08/2936740-eleves-ont-filme-sous-jupe-professeur-temoigne-est-humiliant-violent.html?mediego_euid=767566#xtor=EPR-1-[Newsletter]-20190109-[classique]

Des élèves dissipés et agités

Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des difficultés particulières en classe ?

Deux d’entre eux étaient dissipés, n’aimaient pas forcément beaucoup travailler. Ces deux-là ont été définitivement exclus. Pour les deux autres, c’est plus compliqué. En termes de résultats, ça allait. Les collègues les appréciaient beaucoup en sixième et cinquième. Mais depuis septembre, ils avaient montré quelques signes d’agitation. Il y avait déjà eu des incidents, mais qui restent classiques.

Mes professeurs de français m'auraient corrigé : Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des problèmes particulières en classe ?

ou bien
Les quatre élèves sanctionnés faisaient-ils (présentaient, suscitaient) des difficultés particulières en classe ?

Pourtant : 

http://evene.lefigaro.fr/citations/mot.php?mot=difficult%C3%A9&p=5

“La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.”
Vauvenargues De Vauvenargues 

“Qui cherche des difficultés, en trouve toujours.”


“La plupart du temps, on ne résout pas les difficultés ; on les déplace, comme la poussière.”
Aymond d'Alost 

“Ne t’inquiète pas si tu as des difficultés en maths, je peux t’assurer que les miennes sont bien plus importantes !”
Albert Einstein De Albert Einstein 

“Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.”
Joseph Joubert De Joseph Joubert / Pensées 

“Ce n'est pas un sacrifice de quitter une pauvre vie dans laquelle on éprouve tant de difficultés pour appartenir à Dieu !”
Bernadette Soubirous De Bernadette Soubirous 

“Les enfants étant la plupart du temps confiés à leur mère, les pères sont parfois confrontés à la difficulté de les voir.”
Bruno Décoret De Bruno Décoret / Les Pères dépossédés 

Et aussi :
https://www.cordial.fr/dictionnaire/definition/difficult%C3%A9.php

"Pourtant, l'exécution de ce plan présentait de graves difficultés." (Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski 1866 "Crime et châtiment")

"la date qui m'avait été fixée n'était point arrivée, et ce que je savais de l'organisation de nos troupes, de leur approvisionnement en vivres et en munitions, ne me permettait pas d'admettre qu'on se fût lancé ainsi dans une aventure qui pouvait offrir de sérieuses difficultés." (Hector Malot 1873 "Clotilde Martory")

Lire la suite... Lire la suite

Le texteur de l'ordinateur et l'internet ont permis à tout un chacun de devenir chroniqueur, et éditeur.  La présentation plus ou moins professionnelle de nos écrits en ligne suggère malgré elle un certain amateurisme, et mon site n'est, c'est certain, pas exempt d'erreurs (orthographe, typographie, mise en page). Cela admis, la presse professionnelle souffre elle aussi,  plus ou moins, de ces défauts.  Après la télévision et la radio qui ont répandu les bons mots et les erreurs de quelques dizaines de milliers d'orateurs, c'est la Toile qui accélère le phénomène naturel de l'évolution d'un langue vivante (erreurs, trouvailles et apports). Quand on sait que la lecture, et donc la culture, sont concurrencées depuis plusieurs décennies, par la télévision, puis par l'internet et le téléphone portable, l'inquiétude ne confine pas à la paranoïa...

Or les mots et tournures qui surnagent, qui s'incrustent, sont d'abord les plus diffusés, et donc dépendent en partie de la notoriété de l'émetteur. Par exemple, Jacques Chirac a involontairement tué "abracadabrant", car son "abracadabrantesque" a été repris avec délectation par tant de médias, qu'il l'a remplacé ; de même que "à son insu" a été tué par un cycliste "à l'insu de son plein gré". Et ainsi en va-t-il de "... m'a tuer"(d'après un meurtre célèbre),  formule qui effectivement a tué le passé composé. Le rabâchage, en effet, qu'il soit scolaire ou médiatique est un procédé mnémotechnique éprouvé ; ajoutez l'écho démultiplié des reprises et autres citations, et en peu de temps, l'expression se verrouille dans la langue.

Bruno Dewaele posait ainsi en 2013, le problème qui me cause du souci dans ce billet.

http://alafortunedumot.blogs.lavoixdunord.fr/tag/poser+souci

À la fortune du mot

Au gré de l'actualité, Bruno Dewaele, le champion du monde d'orthographe, vous fait partager sa passion pour la langue française.

"Et puis, user de poser ici nous incitera peut-être à nous en garder là où il ne... s'impose en rien, par exemple devant l'omniprésent souci : que la conjoncture économique pose quelquefois problème à nos gouvernants, voilà qui peut à la rigueur se concevoir, mais « poser souci » ? "

Et en 2008 :

Pose toujours !

Si le tic de langage doit être dénoncé, n'allons pas nous mentir sur nos chances d'en venir à bout ! Ainsi, c'est sans illusion aucune que, le 30 décembre 2003, je consacrai une chronique à l'expression phare de la dernière décennie : « Il n'y a pas de souci ! »

« C'est en effet , écrivais-je alors, ce que vous répond invariablement la caissière – pardon, l'hôtesse de caisse – quand vous vous excusez auprès d'elle de ne pouvoir faire l'appoint ; le garçon à qui vous demandez s'il est possible de mélanger carte et menu ; le livreur qui s'entend préciser qu'il devra passer chez vous entre dix et onze s'il ne veut pas trouver porte close. »

Philosophe à mes heures, je me souviens même qu'après avoir versé une larme de crocodile (!) sur le bon vieux mais ringard « Pas de problème ! », j'avais feint de m'extasier sur cette époque bénie des dieux où, non content de vaincre les difficultés, on s'ingéniait à chasser de notre esprit l'idée, ô combien saugrenue, qu'il pût y en avoir...

L'ironie, c'est bien connu, est le baroud d'honneur de l'impuissance.

Depuis lors, inutile de préciser que le souci continue à fleurir sur toutes les lèvres. Irai-je jusqu'à confesser ici que je m'en étais presque accommodé, pourvu qu'on ne le gratifiât pas de surcroît d'un « s » des plus superfétatoires au singulier ? 

Mais voilà que nous sommes entrés dans l'ère des dommages collatéraux : s'impatronise de plus en plus (tendez l'oreille, pour le cas bien improbable où cela vous aurait échappé jusqu'ici) le tour « poser souci ». Il fallait s'y attendre, dans la mesure où, comme dirait Domenech, souci a remplacé problème poste pour poste !

À ceci près que l'on a beau se torturer les méninges, on ne voit pas comment un souci pourrait être posé (Bécaud conseillait bien, dans Un peu d'amour et d'amitié, de mettre ses problèmes sur la table mais c'était, si je ne m'abuse, pour s'en débarrasser). Donnercauservaloircréer, sans doute ; mais poser ?

On s'en voudrait de retourner le couteau dans la plaie, mais ce sont les puristes qui peuvent, à bon droit, se réjouir de cette désaffection pour le problème. Eux ne l'ont jamais manié que du bout des doigts, et avec d'ostensibles pincettes. Nous ont-ils assez répété que l'expression soignée devait bien plutôt, en fonction de la situation et du contexte, recourir à questiondifficultéembarras ! Et que dire de l'expression elliptique poser problème(1), qui déclenchait chez eux moult cris d'orfraie(2) !

Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui Scylla leur siée mieux que Charybde...


(1) Renaud Camus écrit par exemple, dans son Répertoire des délicatesses du français contemporain (P.O.L.) : « "L'intellectuel poser problème" n'est pas un artiste, il n'a pas d'oreille pour le langage, ni sans doute beaucoup d'amour ; sans quoi il se rendrait bien compte de la laideur de cette expression, de la banalité qu'elle a acquise, et du ridicule qui s'attache à elle, ainsi qu'à ses fidèles par contrecoup (...). L'"intellectuel poser problème" est volontiers enseignant, sociologue, urbaniste, militant des droits de l'homme et plutôt sympathique, dans l'ensemble. Il se soucie beaucoup du sort du monde. Par définition il se soucie moins de sa beauté. »

(2) De grâce, ne me donnez pas de noms d'oiseaux sous prétexte que l'orfraie n'a jamais poussé de cris perçants, je suis au courant. Mais tant que les dictionnaires n'auront pas remplacé orfraie par effraie... " 


Il aurait pu aussi ajouter le fréquent et stupide "Ça ne pose pas de difficulté !" validé, j'en suis stupéfait par l'Académie française !


https://www.ladepeche.fr/article/2019/01/08/2936740-eleves-ont-filme-sous-jupe-professeur-temoigne-est-humiliant-violent.html?mediego_euid=767566#xtor=EPR-1-[Newsletter]-20190109-[classique]

Des élèves dissipés et agités

Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des difficultés particulières en classe ?

Deux d’entre eux étaient dissipés, n’aimaient pas forcément beaucoup travailler. Ces deux-là ont été définitivement exclus. Pour les deux autres, c’est plus compliqué. En termes de résultats, ça allait. Les collègues les appréciaient beaucoup en sixième et cinquième. Mais depuis septembre, ils avaient montré quelques signes d’agitation. Il y avait déjà eu des incidents, mais qui restent classiques.

Mes professeurs de français m'auraient corrigé : Les quatre élèves sanctionnés posaient-ils des problèmes particulières en classe ?

ou bien
Les quatre élèves sanctionnés faisaient-ils (présentaient, suscitaient) des difficultés particulières en classe ?

Pourtant : 

http://evene.lefigaro.fr/citations/mot.php?mot=difficult%C3%A9&p=5

“La science des projets consiste à prévenir les difficultés de l'exécution.”
Vauvenargues De Vauvenargues 

“Qui cherche des difficultés, en trouve toujours.”


“La plupart du temps, on ne résout pas les difficultés ; on les déplace, comme la poussière.”
Aymond d'Alost 

“Ne t’inquiète pas si tu as des difficultés en maths, je peux t’assurer que les miennes sont bien plus importantes !”
Albert Einstein De Albert Einstein 

“Pour bien écrire, il faut une facilité naturelle et une difficulté acquise.”
Joseph Joubert De Joseph Joubert / Pensées 

“Ce n'est pas un sacrifice de quitter une pauvre vie dans laquelle on éprouve tant de difficultés pour appartenir à Dieu !”
Bernadette Soubirous De Bernadette Soubirous 

“Les enfants étant la plupart du temps confiés à leur mère, les pères sont parfois confrontés à la difficulté de les voir.”
Bruno Décoret De Bruno Décoret / Les Pères dépossédés 

Et aussi :
https://www.cordial.fr/dictionnaire/definition/difficult%C3%A9.php

"Pourtant, l'exécution de ce plan présentait de graves difficultés." (Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski 1866 "Crime et châtiment")

"la date qui m'avait été fixée n'était point arrivée, et ce que je savais de l'organisation de nos troupes, de leur approvisionnement en vivres et en munitions, ne me permettait pas d'admettre qu'on se fût lancé ainsi dans une aventure qui pouvait offrir de sérieuses difficultés." (Hector Malot 1873 "Clotilde Martory")

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Publié le 17/10/2018 18:12   | Tous les billets | Haut


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